Encan: vite, vite, vite
Martin Bisaillon
Le Journal de Montréal
Un encan d’oeuvres d’art : ça va vite, vite, vite.
À l’Hôtel des Encans en mars, la pièce de résistance était une toile réalisée par Jean-Paul Lemieux en 1977. La vente aux enchères a rassemblé quelque 200 personnes dans une ancienne église située rue du Couvent, à Montréal.
C’est Iégor de Saint-Hippolyte, commissaire-priseur, qui présidait la soirée.
Sous un vitrail où étaient inscrits ces mots d’une autre époque : «Ma parole est vérité», M. de Saint-Hippolyte a mis en vente près de 200 lots provenant de successions ou de particuliers voulant se départir d’objets, comme c’est généralement le cas lors de ces braderies.
Parmi les pièces offertes : des bijoux, de l’argenterie, de magnifiques toiles et estampes et d’autres… un peu moins réputées qui se vendront dans les 50-60$.
À toute vitesse
Ce qui est étonnant lors d’une vente pareille, c’est la vitesse à laquelle les lots s’envolent. Il est rare que l’enchère dépasse la minute. Il faut dire que les oeuvres en jeu ont été exposées précédemment et publiées dans un catalogue. Par conséquent, ceux qui veulent les acquérir ont eu le temps de se préparer une stratégie d’action
. Pour bien encadrer les convoitises, la prestation de M. de Saint-Hippolyte est à la fois élégante et flegmatique.
«15 000$, 15 000$, mmm, pas de regrets… pas de regrets… ? 15 000$ et c’est vendu. On l’applaudit !», déclare-t-il d’une voix suave, après avoir fait monter un Giunta qui avait démarré à 2000$.
10 fois le prix de départ
Le tableau de Jean-Paul Lemieux a fait beaucoup mieux.
Intitulé Détour, il a été acquis par un acheteur anonyme. Il a fallu à peine trois minutes pour le faire monter de 20 000$ à 200 000$.
«Beaucoup trop cher», analysait un habitué, qui avait misé 100 000$.
Puis, les enchères sont redescendues à un niveau plus raisonnable. Quelques collectionneurs ont acquis des estampes de Picasso pour moins de 3 000$.
Un peu plus loin, un étudiant en art venu assister à la vente dans le cadre d’un de ses cours maugréait.
«Je trouve que certaines toiles se vendent trop cher. Il y a des «affaires» abstraites qui sont parties à 15 000$ et qui ne valent même pas 4 000$», s’insurgeait Thomas Piguet, lui-même peintre abstrait, avant de quitter les lieux.
Pourtant, ces élans inflationnistes font partie intégrante des encans.
«Lors des soirées d’encan, il y a une frénésie et un momentum. Parfois, c’est cela qui fait grimper le prix des oeuvres», analyse Tania Poggione, de la maison Heffel.


