Le gros prix pour son permis
Yvon Laprade
Le Journal de Montréal
Les fins de mois viennent vite pour Daniel Bossé, 57 ans, depuis qu'il a acheté un permis et une voiture-taxi au montant de... 230 000$.
«Ça me coûte 750$ par semaine pour rembourser mon prêt, sans compter les assurances et l'entretien», constate le propriétaire d'origine haïtienne rattaché à Taxi Diamond.
Daniel Bossé a acheté son permis il y a un mois, en consultant les petites annonces du bulletin du Bureau du taxi de Montréal.
«La demande pour les permis est forte ces temps-ci à Montréal et il est bien difficile de négocier avec les vendeurs», dit-il.
Il a financé cette acquisition dans une caisse populaire du sud-ouest de la ville. Un prêt remboursable en 10 ans au taux de 11,25%.
«Ce ne sont pas toutes les institutions financières qui sont prêtes à prêter pour un permis de taxi», reconnaît-il.
Pas un, mais trois permis
Mais il faut mettre les choses en perspective. Daniel Bossé est, à sa manière, un entrepreneur du taxi. Il ne possède pas un, mais trois permis de taxi.
Il a eu le flair d'acheter son premier permis en 1984, tout juste 10 ans après être arrivé à Montréal. Le permis lui a coûté, à l'époque, 8 000$.
En 1996, il a acheté un deuxième permis, qu'il a payé 7 500$. En 1990, il achetait un troisième permis au coût de 52 000$, qu'il a plus tard revendu.
Cette fois, il a payé le gros prix (230 000$) pour le permis et la voiture-taxi Toyota Camry 2004, affichant 53 000 kilomètres au compteur.
Il est maintenant à la recherche d'un chauffeur qui va conduire son véhicule de 8 à 12 heures par jour, cinq à sept jours par semaine.
«Je suis exigeant. Je ne veux pas confier mon véhicule à n'importe qui. Si je ne trouve pas un bon candidat, je vais moi-même conduire ma voiture-taxi», dit-il.
Salaire annuel
Daniel Bossé affirme ne pas rouler sur l'or. Son salaire annuel brut ne dépasse pas les 30 000$, assure-t-il.
Les trois permis qu'il possède ont une valeur approximative de 700 000$ (en supposant qu'il pourrait les revendre plus de 230 000$ chacun).
«C'est là tout mon investissement. Mais en dehors de cela, je ne fais pas d'argent. Le taxi, ça ne rapporte pas», ajoute-t-il.
Il n'a jamais véritablement fait du taxi pour gagner sa vie. Il a plutôt fait travailler des chauffeurs, à qui il verse un salaire hebdomadaire.
«L'argent que ça me rapporte me permet de faire réparer les voitures et de payer les frais. Très souvent, je ne fais pas une cenne noire.
«La dernière tempête de neige à Montréal m'a coûté cher. Les deux voitures-taxi ont été endommagées à la suite de collisions», dit-il.
Emprunt lourd
Il ne regrette pas d'avoir acquis un troisième permis de taxi, mais il admet que l'emprunt de 230 000$ lui pèse lourd sur les épaules, surtout depuis qu'il a perdu l'emploi qu'il occupait depuis plus de 20 ans dans une usine de l'est de Montréal.
«J'étais opérateur de presses chez Wolverine depuis 1985. La compagnie a fermé ses portes en novembre 2006 et depuis, je n'ai plus de salaire.
«Jusque-là, ce salaire me permettait d'équilibrer mes revenus. Si ça allait mal dans le taxi, je pouvais m'en tirer. Mais là, je ne peux compter que sur le taxi pour gagner ma vie, et c'est pas toujours évident», soupire-t-il.

