Le samedi 21 novembre 2009

Fermer Montréal: la décision la plus difficile de Michel Lapierre

5 février 2007 | 06h18
Webfin ARGENT | ARGENT 
Grâce à Internet, Michel Lapierre peut voir la production faite en Chine. Journal de Montréal

À lire également :
Michel Lapierre révolutionne les façons de faire du vêtement

Légal au Québec ?

Marie-Eve Fournier
Le Journal de Montréal

Juste avant de célébrer le 40e anniversaire de l’entreprise fondée par son père, Michel Lapierre a dû se résigner à congédier presque tout le monde. Et à déplacer la production en Asie.

«Autrement, j’aurais fait faillite, c’est sûr, sûr, sûr», soupire le fils de l’entrepreneur Claude Lapierre.

«De toute ma carrière, ç’a été la chose la plus difficile que j’ai dû faire. Il y a certaines couturières que j’avais côtoyées toute ma vie. Elles travaillaient pour nous depuis 25 ans », poursuit-il.

Les mises à pied ont été annoncées à l’été 2005. Sur les 150 employés, seulement 20 ont conservé leur poste.

Bataille perdue

À la fin de l’année 2004, Le Journal de Montréal avait rencontré M. Lapierre, qui se décrivait alors comme «le dernier des Mohicans». Il se battait avec vigueur pour repousser le plus possible le moment où il devrait cesser toute production locale.

«On n’a pas gagné la bataille (contre l’Asie)», résume-t-il aujourd’hui.

Depuis un peu plus d’un an, 70% de ses vêtements de nuit vendus au Canada sous les marques Claudel, Wonder Bra, Liliane et Vanessa proviennent de Chine. Le reste est fait en Inde (20%) et au Bangladesh (10%).

«Je ne dis pas que j’aime ça (tout importer), mais c’est mathématiquement impossible de compétitionner contre l’Asie», assure M. Lapierre, qui payait ses couturières environ 15$ de l’heure.

Impossibilité mathématique

En Chine, les couturières gagnent 53¢ de l’heure. Au Bangladesh, ce sont plutôt 7 ou 8¢ de l’heure qui leur sont offerts. Et parfois, les entreprises se contentent de nourrir et de loger les travailleurs et leur famille en guise de salaire.

Conséquence, les prix baissent. Le pyjama qui se vendait 69$ il y a 5 ans est maintenant offert à 49$.

Cousu à Montréal, le même vêtement devrait être vendu environ 89$ pour générer un profit.

Avec tous ces changements, Claudel Lingerie a dû se réorganiser du tout au tout. «On ne fait plus rien comme avant», résume le président, dont le bureau se trouve entre celui de son père et celui de sa fille.

- M. Lapierre dit avoir réussi à replacer 90% de ses anciens travailleurs chez d’autres employeurs.

-Claudel Lingerie devrait réaliser, cette année, un chiffre d’affaires de près de 45M$.

Recherche
Les plus populaires