La banane volante enrage des écrivains
Michel Hébert
Le Journal de Québec
L'Association des écrivains francophones du Québec (AEFQ) déplore que le Conseil des arts et des lettres du Québec lui refuse 4500$ alors qu'il a déjà dépensé dix fois plus pour une «banane volante» au-dessus du Texas. Un projet que les Américains refuseront «probablement» pour des raisons de sécurité, admet Béatrice Pepper, du CALQ.
Installée à L'Ancienne-Lorette, l'AEFQ a déjà 70 ans et offre un petit prix de 500$ à un écrivain d'ici. En tout et partout, l'AEFQ avait reçu 3000$ pour ses humbles activités, l'an dernier. Il comptait bien obtenir la même chose cette année mais, sur recommandation des fonctionnaires de la culture, il avait soufflé ses coûts à 4500$.
«On m'avait dit que nous avions un bon dossier mais que l'on ne demandait pas assez d'argent», se souvient le président de l'AEFQ, Jean-Paul Jobin.
«On nous a répondu ensuite qu'on refusait notre demande et que nous devions trouver des mécènes, des bienfaiteurs privés. Mais je trouve ça insultant de nous forcer à quêter Pierre, Jean, Jacques", dénonce M. Jobin qui n'en revient toujours pas des 49 800$ consacrés à une banane volante faite de bambou et de papier qu'un artiste montréalais veut lancer au-dessus du Texas à partir du Mexique.
Centre-ville d’abord?
Il se demande aussi pourquoi la très grande majorité des subventions atterrissent invariablement à Montréal ou dans le comté de Taschereau qui couvre, pour l'essentiel, le coeur de l'ancienne ville de Québec. Subventions communautaires, culturelles ou celles du Centre local de développement, toutes sont concentrées dans ce qui était l'ancienne ville.
«Il y a certainement du favoritisme envers le centre de la ville, c'est quasiment une insulte pour la banlieue. Qu'on nous refuse deux fois plutôt qu'une alors qu'on subventionne un projet de banane au-dessus du Texas, je trouve ça aussi très insultant», insiste M. Jobin qui s'en plaindra à la députée libérale de La Peltrie, France Hamel.
La présidente du caucus des députés libéraux, Sarah Perreault, n'ose pas voir d'orientation politique dans le soutien gouvernemental. «Les organismes décident où ils s'installent», dit-elle, en refusant de commenter l'exemple de la banane volante.
Discrimination
Le Conseil des arts et des lettres du Québec a distribué 66,8 millions, très majoritairement aux milieux du théâtre et de la chanson. Les Violons du Roy par exemple, soutenus par les gouvernements de diverses sources, a reçu au moins quatre subventions différentes du CALQ: 370 000$, 50 000$, 30 000$ et 70 000$. Total: 587 300$. Les subventions québécoises faisant fi des frontières, même la Compagnie Falinga, du Burkina Faso, a reçu 8200$, soit deux fois plus que demandait l'AEFQ de L'Ancienne-Lorette.
«Il y a de la discrimination sociale au CALQ. Si tu fais du théâtre ou de la poésie à Montréal, ça va, mais si t'es de Québec, et surtout de la banlieue, t'as presque rien, que des miettes», résume M. Jobin.



