Interac pourrait ne plus être à but non lucratif
Marie-Eve Fournier
Le Journal de Montréal
Au moment où les détaillants partent en guerre contre les frais exigés par les cartes de crédit, la menace qu’Interac cesse d’être une organisation sans but lucratif plane à l’horizon.
La société interbancaire qui gère les transactions par carte de débit a récemment déposé une demande au Bureau de la concurrence pour changer son modèle d’affaires. En cherchant à réaliser des profits, Interac augmentera ses frais, craignent les associations de détaillants.
«Ça nous inquiète énormément car le prix est actuellement fixe. C’est 10 ou 12 ¢ par transaction, ce qui couvre les coûts», explique le président du Conseil québécois du commerce de détail (CQCD), Gaston Lafleur.
Soudainement à but lucratif, Interac pourrait faire comme les émetteurs de cartes de crédit et charger aux détaillants des frais représentant un pourcentage de la transaction.
Puisque l’achat moyen est de 45$ ou 50$, même si les frais n’étaient «que» de 1% – comparativement à 4 ou 5% pour les cartes de crédit –, cela équivaudrait à 45¢ ou 50¢, explique M. Lafleur. «C’est beaucoup plus que 10¢.»
Consommateurs
Au bout d’un an, ces frais, qui sont ultimement refilés aux consommateurs, pourraient représenter plus de 800M$ pour les commerces canadiens, calcule-t-il. Au Québec, la facture s’élèverait à 180M$.
Pour arriver à ces montants, M. Lafleur a présumé que 30 % des achats sont faits au moyen d’une carte de débit.
Par ailleurs, des informations circulent à l’effet que Visa et MasterCard voudraient faire leur entrée dans le secteur du débit. C’est ce qui encouragerait Interac, prétendent certains, à abandonner les frais fixes au profit d’un système de pourcentages similaire à celui des entreprises de crédit.
« Il est prématuré et irresponsable de faire naître des craintes qui ne sont pas fondées », a cependant déclaré MasterCard.


