Mettre en valeur nos compétences (suite)
Une telle réforme peut réduire les pressions financières sur le budget du Québec de 1 milliard de dollars facilement
Une réforme majeure en matière d’éducation et de formation continue augmentera la productivité et conséquemment notre potentiel de croissance. Elle réduira également les dépenses publiques au chapitre de l’assistance emploi, de l’éducation et de l’assurance emploi.
On peut calculer que le coût financier pour le gouvernement du Québec de ne rien faire est au moins de 1 milliard de dollars au chapitre des revenus autonomes. En effet, une réforme des programmes d’éducation et de main-d’œuvre diminuera ce que les économistes appellent le taux de chômage structurel qui est le taux de chômage le plus bas que l’on peut observer quand les entreprises fonctionnent à pleine capacité. Il est causé principalement par le fait que les demandeurs d’emploi n’ont pas les compétences recherchées. Les entreprises sont alors limitées dans leur capacité de production.
Le taux de chômage structurel au Québec et au Canada est plus élevé qu’ailleurs dans le monde. C’est ce qui explique notamment que le Québec et le Canada a expérimenté des taux de chômage officiels relativement élevés pendant la longue période de croissance que l’on a connu à partir des années 90. Ainsi au Québec et au Canada, le taux de chômage le plus bas atteint depuis longtemps, était respectivement de 7,2% et de 6% en 2007. Ce sont des taux assez élevés quand on les compare avec ceux d’autres pays pour la même année : États-Unis 4,6; Royaume-Uni, 5,3; Danemark, 4; Norvège, 2,5; Pays-Bas, 3,2; Autriche, 4,4. Ces pays, rappelons-le, ont adopté des politiques agressives au chapitre de la main-d’œuvre.
Avec les réformes appropriées, esquissées ici, on peut espérer réduire le taux de chômage structurel d’au moins 1 point de pourcentage, en se fiant à l’expérience d’autres pays. Cela correspond à environ 47 000 chômeurs en moins. Une telle baisse du chômage se traduirait augmentation de notre richesse collective d’au moins 6 milliards, en dollars de 2009(4). Partant, les revenus autonomes du gouvernement augmenteraient de 1 milliard $. Certaines dépenses diminueraient aussi en raison de la baisse du taux d’assistance sociale. Toutefois, il est plus difficile d’estimer l’impact sur les dépenses puisqu’une réforme majeure changerait complètement nos façons de faire en éducation, en formation et en main-d’œuvre. Il est cependant assuré que les réformes n’augmenteraient pas les dépenses actuelles. Pour cette raison, on peut affirmer que les réformes proposées ont le pouvoir de dégager une marge financière pour le gouvernement du Québec, à terme, d’au moins 1 milliard de dollars. Il s’agit là d’un ordre de grandeur et il ne serait pas réaliste d’inclure ce chiffre dans un plan de lutte au déficit avec un horizon de 4 ans. Néanmoins, c’est le genre de réforme très structurante pour l’économie qui a le potentiel d’impacter significativement les finances publiques à plus long terme. Et c’est pourquoi il faut l’entreprendre maintenant.
Pour aboutir, il faut commencer
Dans son plus récent ouvrage, Jacques Parizeau en appelle à revoir le secteur du développement des compétences et de l’éducation de fond en comble et à réaliser aujourd’hui une révolution dans ce secteur de la même envergure que celle réalisée dans les années 60 en éducation avec la réforme Parent. (5) Je joins ma voix à la sienne. En cette matière, ce n’est pas l’argent qui fait défaut, mais la façon de l’investir. Beaucoup de taxes, d’impôts et de cotisations à l’assurance emploi sont gaspillés parce que les périodes de prestations sont inutilement longues, parce que le décrochage scolaire coûte cher et que les parcours scolaires sont souvent interrompus. Il faut se mobiliser et sortir des sentiers battus avant qu’il ne soit trop tard.
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(1)Il y a plus de 12 ans déjà que j’ai publié avec Lise Poulin-Simon et Diane Gabrielle Tremblay, un ouvrage sur le vieillissement de la population québécoise. Nous dénoncions dans ce livre le paradoxe de l’âgisme soit le paradoxe selon lequel, sur le plan professionnel, on devient vieux de plus en plus jeune et jeune de plus en plus vieux alors que la population vieillit et que l’espérance de vie augmente. Nous dénoncions le mythe de la « liberté 55 » ainsi que le mythe qu’une société peut vivre sans travailler, Le paradoxe de l’âgisme dans une société vieillissante, Télé-Université et les Éditions Saint-Martin, 1998.
(2) Les résultats de ces recherches effectuées avec Lise Poulin-Simon ont été présentés notamment dans Le Défi du Plein Emploi, Éditions Saint-Martin, 1986 et ont été un élément déclencheur dans notre implication au Forum pour l’emploi qui réunissait un grand nombre de décideurs économiques au Québec.
(3) L’ouvrage de Michael Porter The Competitive Advantage of Nations, publié en 1990 abonde dans ce sens.
(4) Les calculs sont conservateurs et s’appuient sur la loi d’Okun qui est une formule utilisée fréquemment pour estimer la relation entre une baisse du chômage et la hausse de la production. L’estimé du coefficient d’Okun utilisée dans mes calculs est très conservateur comparativement aux estimés récents calculés pour les pays du G7.
(5) Jacques Parizeau, La souveraineté du Québec, 2009, pp.214-215.



